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 Asthénophobie.

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Date d'inscription : 27/04/2009
Localisation : Gotham City

MessageSujet: Asthénophobie.   Sam 25 Sep - 16:01

Oh Barbara
Il pleut sans cesse sur Brest
Comme il pleuvait avant
Mais ce n'est plus pareil et tout est abîmé
C'est une pluie de deuil terrible et désolée
Ce n'est même plus l'orage
De fer d'acier de sang
Tout simplement des nuages
Qui crèvent comme des chiens
Des chiens qui disparaissent
Au fil de l'eau sur Brest
Et vont pourrir au loin
Au loin très loin de Brest
Dont il ne reste rien.


BARBARA, JACQUES PREVERT.




    Elle était seule dans le noir. Les lumières de l'appartement étaient toutes éteintes, et seule la lumière de la lune pouvait entrer par la baie vitrée. Il y avait un immense silence en elle. Un trou noir béant, un vide qu'elle avait tenté en vain de combler avec des ombres. Recroquevillée sur elle même, dans un coin du salon, entre le mur et la baie vitrée, elle pleurait.
    Cela faisait dix ans qu'elle n'avait pas pleuré. Et les larmes s'échappaient de ses yeux douloureusement, la libérant un peu plus de tout ce qu'elle avait gardé en elle pendant ces dix dernières années. Elle pleurait en silence. Elle souffrait en silence.
    Sa faiblesse avait toujours été silencieuse ; elle la haïssait, elle avait toujours sû la faire taire, mais aujourd'hui, elle ne faisait que la camoufler. La camoufler en elle-même, pour elle-même, pour la nuit.
    Dehors, la ville frissonnait dans le froid. Chaque lumière, chaque fenêtre de chaque immeuble, chaque lampadaire brillait, et formait dans les ténèbres comme des étoiles sur la terre.
    Elle releva la tête, pour les regarder, ces lumières et ces ténèbres. Elle ne pensait à rien. Les larmes glissaient sur ses joues sans effort, sans qu'elle pû les forcer ou les retenir. La déchirure dans son âme ne s'était en vérité jamais refermée ; la plaie saignait encore. Le désir de vengeance était comme du sel qu'elle aurait posé sur elle, comme une manière de se rappeller à jamais. Remuer le couteau dans la plaie.
    Elle ne pleurait pas la mort de ses parents ; elle avait cesser de la pleurer depuis longtemps déjà. Elle pleurait sa vie, sa vie morte. A laquelle elle s'accrochait comme une tique, comme une sangsue.
    Elle avait oublié ce qui la retenait encore ici. Et pourtant elle restait. Elle ne pouvait faire que ça. Rester. Attachée au port, aux souvenirs, à la nuit. Retenue. Balancée par la mer, balancée à la mer.
    Elle écrasa une larme sur la joue, et retira un peu de maquillage blanc avec elle. Maquillage. Elle se cachait, derrière un masque. Elle se terrait, dans sa lâcheté, au milieu du vide, au milieu d'elle-même, dans la nuit la plus sombre ; la sienne. Elle regarda son reflet dans la vitre. Ce visage qu'elle conaissait si bien et qu'elle semblait pourtant redécouvrir à chaque fois. Ce regard froid, dur, un peu désespéré tout au fond, tellement triste. Rougi par les larmes. Ses longs cils, sa peau pâle. Une étrangère reconnue pour elle-même et pour la nuit.
    Une petite ombre au milieu des ombres. Une part de ténèbres au milieu des ténèbres. Dans la pâleur de la lune. Elle ne brillait pas, elle ne vivait pas, peut-être. Mais elle existait. Elle existait. Comme tout le monde.
    Sa main glissa de son genou et alla se poser sur le plancher froid. Le bois était inégal, imparfait. A l'image d'elle-même, de sa vie, de cette ville éclairée. On ne voyait pas les étoiles dans le ciel d'encre. La ville les avait avalées. Digérées. Elles avaient disparues. Elle ne savait pas depuis quand. Sûrement depuis bien avant sa naissance. Depuis que la ville avait commencée à briller seule. Dans un monde où plus personne n'avait besoin d'étoiles.
    La solitude l'avait hapée, comme chacun des habitants de Gotham. Qu'avait-elle de différent d'eux ? Peut-être uniquement le fait qu'elle soit elle. Avec ses larmes aujourd'hui. Son néant.

    Sa faiblesse.

_________________


« Mais, par une mauvaise nuit où les chats, dehors, criaient comme des enfants qu'on égorge et où les gouttes de pluie frappaient leurs coups monotones comme les vers de bois dans la vieille armoire de chêne, lui vinrent les premiers légers doutes quant au succès de la tactique qu'elle avait employée jusque-là. »
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